III.Biographie (12 lignes)Une chambre. Une jeune femme se brosse de longs cheveux d' argent avec un fin peigne d' or. Assise sur un coussin rouge sang, elle est face à une coiffeuse où trone un miroir immense. Seul la brise automnale brise le fin silence installé, emportant avec elle multiples feuilles colorées chaudement. La respiration de la jeune fille d' une quinzaine d' automne est calme et résignée. Résignée à faire ce qui est son devoir. Doucement, la jeune fille, immobile jusqu' alors, bouge, et se hisse gracieusement sur la pointe de ses freles pieds. Son kimono rouge bordeaux traine quelques secondes, puis suit joliment le mouvement. Comme un pantin qui avance vers la mort, la silhouette s' efface à mersure qu' elle avance vers l' étroit couloir.
Soudain, la jeune fille se retourne vers cette chambre vide, le bas de soie de son kimono survolant doucement la parquet vernis. Elle y jete un dernier regard. C' est un regard dur, rempli de courage, de résignation, peut etre teinté d' une triste nostalgie. Nostalgie de ce paysage qu' elle ne verra plus. De cette lumiere qu' elle ne percevra plus. De ces couleurs qui ne l' eblouiront plus.
Elle qui s' était juré de ne pas pleurer sentit une larme couler sur sa joue.Doucement, d' un geste infinement triste, l' elfe suprime cette douce larme, et abandonne le bonheur pour son inéluctable destin. Son pas résonna longtemps dans la chambre...
Arrivée dans la salle, la premiere chose qui aparut aux yeux de la reine fut ce couteau. Ce couteau blanc, ce couteau pale qui reflechissait la lumiere du soleil et luisait. Posé sur une table cruelle, il était entouré de plusieurs esclaves au second rang, et des conseillers royaux devant eux. Leur maitre ne leurs addressa pas un seul regard. Elle s' assit en tailleur comme le voulait la ceremonie. Dans le silence absolu tendu comme un fil que l' on pouvait briser au moindre mouvement, la reine leva pour l' ultime fois ses beaux yeux bleux étincelants de vie et de fraicheurs vers la bienfaitrice lumiere, et les referma avec regret. Puis, comme par enchantement, sa voix s' eleva, emplit l' air de ce son magnifique et doux, chantant les louanges des dieux.
"
Oh, astres eternelles, en échange de votre puissance inouie, j' offre mes constellations. Oh, puissants astres, dans votre bienveillance infini, donnez moi le pouvoir de sauver mon peuple. Oh astres, Moi, Reine de ce royaume, elfe blanche, je vous promets mon eternelle reconnaissance. Veuillez accepter mon offrande. "
Ces mots qui flottèrent dans la piece furent brisés par le bruit sec du couteau. Elle ne cria pas. Sa bouche s' ouvrit doucement, et un petit couignement en sortit. Le silence pesait. Le couteau tomba. Un bruit sec et lourd teinta. Sa respiration s' accelera. Elle porte sa main à ses yeux inexitants. Du sang. Elle ne le voyait pas, elle le sentait, au liquide poisseux, à l' odeur insoutenable. Ses yeux ne sont plus. Elle ne voit plus. Elle se leve, désorientée. Dans un fracas assourdissant, la table placée devant la reine tombe, se fracasse en mille morceaux. L' elfe titube, tend le regard, cherche des yeux la lumiere.
Mais ce n' est que noir. Tout est noir. Où est passée la bienfaitrice lumiere? Où sont passées les couleurs éblouissantes?
* Ne Reverrais-je les chrisanthèmes? *
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Shiraha se reveilla en sursaut. Encore ce maudit reve. Encore ce maudit jour, encore et toujours cette hantise. Elle soupira. Dans l' obscurité de la nuit, elle y voyait comme en plein jour. Logique, vu que depuis ce jour sacré où elle hérité de son don, l' elfe blanche avait perdue la vue.
Perdu la vue, ce sens indispensable, en échange d' un don. Depuis ce jour, la reine avait apris à dompter ce que l' on appelait un cadeau des dieux. Infliger des cauchemar qui heurtent et blessent physiquement comme mentalement une personne, un cadeau des cieux. C' était tellement ironique. Elle était devenue une machine à tuer, qui enfermait les gens dans leurs pires cauchemars, et on appelait cela un cadeau.
Elle eut soudainnement besoin d' air frais. Alors, elle se leva et silencieusement, comme une plume volant au vent, la reine sortit de sa suite royale pour aller dans le jardin en enfilant rapidement une cape noire. Son handicap ne se voyait pas, et elle avancait dans le jardin obscure comme toute personne. Non, pas exactement. Mieux qu' une personne ordinaire, qui serait désavantagée par la nuit, la jeune elfe marchait comme dans un reve, survolait les brins d' herbe qui efflleraient gentillement ses pieds nues et taquinaient sa cape. Après avoir avancée pendant quelques minutes, la reine entendit un bruit particulier.
Ce bruit, puissant, fort, comme un tonnerre qui grondait n' était autre que celui de la cascade dans laquel elle avait l' habitude de se baigner. Comme une enfant, elle accelera le pas, et bien vite, sentit jusqu' à la fraicheur appaisante de l' eau glacée. Doucement, elle porta ses mains freles à son cou et défit rapidement un petit noeud. Puis, dans un froissement discret, l' habit noir tomba aux pieds de l' elfe. Elle se libera ensuite de sa robe de nuit, et de ses quelques sous-vetements. Puis, enfin, poussant un soulagement libéré, la reine, redevenue une jeune fillle sans défense, plongea dans l' eau bienfaitrice, toucha du doigts quelques carpes peureuses, mouilla longuement ses beaux cheveux argentés à la lueur timide de la lune. Cette nuit là, elle était plus que belle, totalement nue, laissant son magnifique corps à la vue de tous, oubliant dans sa torpeur glacée ce mot inutile, "pudeur".
Soudain, un bruit. Qui était-ce ? Elle n' en savait rien. Doucement, comme au ralenti, l' elfe se retourna pour faire face à l' inconnu. C' était un humain, il était à quelques metres à peine, sa repiration le trahissait. Prete à se défendre, la reine commenca à faire le vide dans son esprit. Elle ne pouvait se permettre un seul faux pas. Son peuple avait besoin d' elle.
Mais un son produit par l'inconnu traversa la nuit. Ce n' étaient pas des mots qu' il formait, juste un leger son, une complainte presque silencieuse. Un esclave, pensa directement la jeune femme. Son timbre de voix lui était inconnu. Un timbre du sud, mais de quel pays ? Sa mémoire lui faisait défaut. Alors qu' elle reflechissait, des ondes parcoururent son corps. C' était l' eau qui tremblait. L' esclave était-il entré dans l' eau ?
Au bruit que l' elfe captait, elle en déduisit que oui. Il ne l' avait surement pas reconnu. Au fond, beaucoup d' esclaves ne la connaissaient que de nom. Apeurée de l' humain qui se raprochait, la jeune reine reculait, reculait encore. Jusqu' à ce que soudain, un caillou l' en empeche et lui fasse perdre son équilibre. Elle se sentit sombrer, dans une abime sans goufre.
Puis, plus rien. Juste de la chaleur. L' esclave. Il l' avait ratrapé. Un timide sourire parcourut quelques secondes le visage de la reine.
"Merci"
Murmura t-elle.
Mais le jeune homme ne disait rien. Il ne répondait pas. Etonnée, l' elfe demanda gentillement, avec une chaleur bienvaillante, quelle était la cause de ce silence. Mais ce silence restait, s' installait, s' éternisait. La reine s' inquietait. Un guet-apens ? Non, "ils" ne l' auraient pas ainsi.
Elle se defit de l' etreinte de l' inconnu, et écouta, vive et aux aguets. Mais rien. Que le rassurant silence de la nuit. Que le hululement d' une chouette, le froissement d' une feuille, le bruit incessant des cigales melé au fracasse de la cascade. La reine ne put que se rendre à l' évidence : ils étaient seuls. Soulagée mais tout de meme inquiète de cette proximitée, l' elfe ne disait rien, attendait son sort. L' escalve lui non plus ne bougeait. Le temps se figea sur ce couple si spécial.
L' elfe sentait sur sa poitrine nue le regard dévorant de l' esclave. Elle si pudique n' était pas génée. Elle s' avanca vers lui, palpa son torse fort et puissant, l' embrassa des ses membres freles, toucha, explora avec une inifinie douceur ce corps inconnu. La chaleur se propageait, les deux etres, l' un doré, l' une argentée, se découvraient mutuellement. Ils étaient un tout, deux etres nés pour se recontrer. Il la dévorait du regard, elle le dévorait du toucher, et le temps s' arretait, il n' existait plus que la magie de cette unique instant.
Mais comme tout instant, celui-ci eut une fin. Brutale et laissant les deux jeunes sur leurs faim, elle fut provoquer par le soleil et ses raillons dénonciateurs. Il était esclave, elle, reine. Alors que au chateau, l' elfe entendait le monde s' agiter elle murmura à contrecoeur.
"Je... Je dois y aller. "
Rougissante pour la première fois, le jeune femme se retira de l' embrassade. Rapidement, elle se retourna, et commenca à abandonner là son amant. Quand il l' arreta silencieusement, en empoignant son frele poignet. Alors, la reine s' arreta, ne sachant que dire. Puis, avec des gestes aimant et calme, l' esclave a la peau halée placa dans la main blanche de la reine une légère plume. La reine reconnut tout de suite l' objet placé dans sa douce main. Doucement, elle la sera, cette plume qui n' était pas synonyme d' adieu, mais d' au revoir. Puis, calmement, résignés, les deux êtres se quitèrent avec regret.
Elle savait qu' ils se reverraient. L' elfe marcha quelques temps, puis entra dans le palais où elle était confinée. Tout de suite acceuilllie par des esclaves inquiets, elle les rassura doucemenent. Il ne s' était rien passé, leur répétait-elle. C' était un mensonge, le premier. La reine prit congé de ses esclaves et alla dans sa chambre. Son comportement quelque peu changé inquieta ses proches. Elle resta enfermée dans ses appartements lontemp, s' envolant à la recherche de l' homme qui occupait son coeur. Où était-il ? Que faisait-il ? Elle n' en savait rien, mais ne s' en souciait pas. Elle songeait seulement à la nuit qui arriverait inexortablement, et avec elle, l' esclave, son amant, son amour...
Après plusieurs heures, alors que la Lune se levait doucement, l' elfe sortit enfin de ses appartements. Elle ignora royalement les regards plus qu' interrogatif de ses sujets, et se dirigea vers le bureau de son cher precepteur. Après que celui-ci l' ai invité à entrer, la reine s' executa et entra dans ce bureau bien rangé. Elle demanda à son maitre de toujours.
"Dis moi, quel est la couleur de cette plume ? "
Une expression de surprise apparut sur le visage du veil homme. Puis, il sourit de son sourire espiègle, et dit joyeusement :
" Elle est blanche, O ma Reine. "
La reine en question ne dit rien. Elle repartit sans un mot. Puis, elle s' addossa, comme tout d' un coup exténuée contre la porte en bois du bureau. Elle soupira longuement.
* Une plume blanche... Shiraha... *
Cela lui allait si bien. Plume blanche... répéta t-elle doucement. Ce surnom était un lien, ce qui la reliait à son amant. Son amant.. Quel était son nom ?
La nuit et son obscurité tant attendu arrivèrent enfin. La reine s' échappa doucement de sa prison dorée. Puis, après quelques minutes qui lui semblèrent éternité, elle arriva enfin au lieu de rendez-vous, tenant dans sa main cette plume qu' elle n' avait jamais laché. Il était la. Elle sentait son odeur si particulière, odeur de fruits exotiques, un mélange de kiwi de mangue, et de cannelle. Cette senteur si particuliere s' incrusta dans le coeur et le corps tout entier de... Shiraha. Elle murmura son nouveau nom encore une fois. Son cadeau, ce précieux don de celui qu' elle aimait. Elle sentit l' air bouger à coté d' elle, et les mains de son amant empoignèrent sa taille. Elle le sentait, elle le présentait, ses levres charnus et incroyablement douces se pressèrent contre les siennes. Un baiser aphrodisiaque aux senteurs délicieuses et inconnues. Son premier, le sien, celui qu' elle chérirait.
Ce délicieux moments moment se termina dans une infini douceur. La reine demanda alors à l' homme son nom. Doucement, il l' écrivit dans la terre à l' aide d' un baton. Puis, il prit de sa main forte et immense celle frele et fine de Shiraha. Elle déchifra dans la terre humide ce nom étranger. Daroes. De quel origine était ce prénom ? La reine n' en savait rien. Et s' en fichait royalement. Elle retourna dans l' infinie douceur de leur étreinte.
Puis doucement, ils entrèrent dans l' eau, telles des créatures celestes. La soie du kimono de la reine recouvrait doucement ses formes, mais restait transparent,laissant son corps à nu. Daroes, lui, torse nu, portait comme unique vetement le pagne des esclaves. Gracieusement, la reine le retira en murmurant dans le silence érotique :
" Tu n' es pas esclave ce soir "
Et les deux etres s' enlacèrent passionément, s' embrassant à s' en couper leur langue, à s' en mordre les levres, à se manger mutuellement. Sous la dure cascade qui brulait leur chair de sa force dévastatrice, les deux etres découvrirent l' Amour. Le faible gémissement de la reine résonna dans la nuit calme et silencieuse. Souillée à jamais.
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